Hommage à Armand Gatti

Jeudi 13 avril 2017, les obsèques d’Armand Gatti ont eu lieu. Nous voulons prendre la parole, ici, en tant que, quelques-uns et unes qui ont participé aux expériences de théâtre avec lui.

Nous l’avons connu sur la fin de sa vie.

Nous ne sommes pas universitaires ou écrivains, nous avons vécu un autre Gatti. Le Gatti du quotidien d’expériences de théâtre, d’apprentissage. Gatti qui nous dit de parler plus fort en écartant les mains, de chanter le poing (le gauche) en l’air, de cracher par terre dès que le nom d’un dignitaire nazi est prononcé ou de remplacer le mot « chimie » par « physique quantique » dans la Java des bons enfants.

Un Gatti dont on voyait le plaisir, parfois la tension, lorsqu’il regardait ses pièces de théâtre se dérouler sous ses yeux. Assis des heures durant, observant, sans louper une minute de ce qui se passait sur scène. Assis au premier rang dans son fauteuil, avec Hélène à côté, jamais très loin.

Armand Gatti est mort, notre grand-père du théâtre, qui nous a permis d’être ensemble dans cette Maison de l’Arbre, nous qui ne trouvons que peu d’endroits habitables dans ce monde.

Nous avons sauté, gueulé, chanté, nous avons parlé son langage, nous avons construit des mondes, côtoyant Rosa, Nestor, Jean et même Dieu.

Ses mots écrits traversent le temps, on s’y perd et y retrouve notre histoire, celle qui ne se trouve pas dans les livres d’école, qui n’est pas unique mais multiple, passant par mille bouches, par le chant des oiseaux et de celles et ceux morts et vivants en se battant.

Comprendre ce qui nous semble incompréhensible, à notre façon, parce qu’il y a toujours des « choses » à comprendre dans ce fabuleux ramassis de mots,

il y en a pour tout le monde, pour tout l’univers.

Le lendemain de la mort de Gatti, j’étais sur le canapé Porte des Lilas et il y a un petit oiseau qui s’est posé sur l’antenne du toit.

Par la fenêtre j’ai entendu « tsi tsi bé ».

C’était une mésange.

Et combien de ces choses anodines ne le sont plus.

Notre regard, notre ouïe, ils sont passés dans la Parole Errante, la parole de notre grand-père du théâtre, mais dont les mots sont d’une éternelle jeunesse.

Ce qu’il a fabriqué en nous se mêle à toutes les rencontres qu’il a permises, toutes les aventures collectives qui ont pris racine de notre attachement à être ici, de cet accueil inconditionnel.

Et pourtant Gatti n’était ni Dieu, ni maître.

Ce n’est pas avec Gatti qu’on a appris le féminisme, mais on a rencontré à travers lui les femmes en noir de Tarnac, Louise Michel, Ulrike Meinhof, Rosa Luxembourg, les militantes du MLF et bien d’autres.

Ce n’est pas Gatti qui fait ce que l’on Est, mais la question de savoir qui l’on est, c’est lui qui nous l’a posée !

Peut-être que pour lui nous étions en effet des Dieux.

Makhno, Cavaillès, Gramsci, Gingouin, les femmes en noir de Tarnac qui seront toujours les Louise Michel de nos barricades imaginaires. Elles, eux, beaucoup d’autres : Gatti a aussi partagé avec nous ceux qu’ils appelait « ses morts », pour que nous aussi nous prenion soin d’eux. Maintenant nous prendrons soin aussi de lui, et de ses animaux quantiques.

Le plus important peut-être que j’aurai appris par ma rencontre avec Gatti, c’est que l’infini réside en l’autre, dans la multiplicité des êtres et du vivant.

Camille, Hugo, Jean-Marie et Matthieu

Texte lu samedi 15 avril lors de la soirée de soutien à la Parole Errante Demain.

 

Publié le 2 mai 2017 dans Fabrique du commun