Journée d’accueil de l’escadron 421 à la Parole errante

En attendant les prochaines délégations zapatistes… Voici un petit aperçu en quelques textes, photographies et vidéo sur la journée d’accueil de l’Escadron 421 à la Parole errante, à Montreuil, le samedi 10 juillet 2021 !!!

Le 22 juin dernier, l’Escadron 421 débarquait dans la ville de Vigo, en Galice, après plus d’un mois de traversée de l’Atlantique. Trois semaines plus tard, après deux escales à Madrid et Toulouse, c’était au tour de la région parisienne de faire place à cet événement historique : le commencement « d’une invasion de l’Europe » par des représentant.e.s de communautés zapatistes du Chiapas. Un communiqué publié lors de l’arrivée sur les côtes portugaises ajoutait : Ce n’est pas d’un navire que l’Escadron 421 descend, il débarque de La Montagne « sans armes, pour la vie ».
De la montagne, c’est-à-dire d’une géographie et d’une histoire, d’une réalité et d’une métaphore. Avec cette convocation-provocation au dialogue et à la rencontre, adressée à chacun-chacune, à toutes les différences, et l’exigence donc de « tracer sa voie », « selon son calendrier, sa géographie », « à sa manière ».

Ici, à Montreuil, c’est simplement, mais avec beaucoup d’émotion que ces dialogues possibles ont commencé à s’esquisser à travers notamment des prises de paroles des collectifs, des communautés de luttes, des lieux, des archipels d’amités, d’alliances et de solitudes peuplées qui s’organisent depuis des mois pour l’accueil des délégations : le Collectif Sans-Papiers Montreuil et la Marche des solidarités, le collectif Vies Volées réunissant des familles en lutte contre les crimes policiers, des Gilets Jaunes de Montreuil, le collectif d’habitants de la Place des fêtes, le Collectif de défense des jardins d’Aubervilliers, le Collectif de Solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte, la Maison des femmes de Montreuil, les coord’ régionale et montreuilloise de l’accueil des délégations zapatistes… Avant même de se projeter sur les rendez-vous et les rencontres à venir – si les frontières finissent par s’ouvrir pour les prochaines délégations -, il s’agissait d’ores et déjà de re-dessiner ensemble les contours d’une géographie à la fois plurielle et commune, à même le territoire pourtant si hostile de la métropole. Commencer par cela : réapprendre à raconter nos histoires, à les écouter avec des oreilles neuves et attentives, à mieux comprendre là où nous sommes déjà.

Voici donc quelques traces en images et en vidéo de cette journée, précédées du texte de la déclaration d’ouverture du collectif la Parole errante demain.

A suivre !!!

« Bonjour et bienvenue à tout le monde, à toutes et tous, et tout particulièrement aux compas de l’escadron 421.

Ce bienvenue, c’est celui du collectif qui anime aujourd’hui, auto-organise, fait vivre collectivement et bénévolement ce lieu qu’on appelle la Parole errante et qui s’est imposé depuis une vingtaine d’années comme un point de repère important en région parisienne. Nombreuses sont les réalités, diverses et hétérogènes, qui ont pu et peuvent toujours trouver ici un refuge, un espace où se retrouver, échanger, créer, s’organiser. Et bien plus qu’un collectif, c’est tout cela, ce tissu, ce réel fait de rencontres, d’événements, de collectifs, de solidarités qui vous accueille aujourd’hui et vous souhaite encore une fois la bienvenue.

C’est pour nous l’occasion de dire quelques lignes de vie et de temps qui s’entrecroisent ici. D’autant que l’arrivée de l’Escadron, et bientôt des autres délégations, tend un miroir à l’histoire et au devenir de ce lieu.

La Parole errante, au départ, c’est le nom d’un livre écrit par Armand Gatti, poète et homme de théâtre, à qui le département a confié ce lieu en 1997. Au début de l’été 1998, une énorme banderole longe la façade du lieu sur laquelle on peut lire cette phrase du guérillero guatémaltèque Yon Sosa : « L’arme du guérillero, c’est le mot ». Elle annonce la première pièce présentée ici publiquement : « Premier voyage en langue maya avec surréalistes à Bord », résultat d’une expérience collective qui proposait à différents groupes d’habitants de Seine-Saint-Denis, d’aller à  la rencontre de 5 siècles de résistance des peuples indigènes.

Pour Armand Gatti, c’est la conclusion d’un chemin d’écriture qui a commencé au Guatemala en 1954, près d’un demi-siècle plus tôt. Il rejoint alors en tant que grand reporter un maquis de la guérilla indienne. Lors d’une embuscade, son très jeune guide nommé Felipe est assassiné. Pour l’écrivain, c’est un point de bascule définitif. A son retour à Paris, il décide d’abandonner le journalisme dont le langage trahit la lutte et la vision du monde de ceux qu’il a rencontrés. A la place des articles de journaux vont se succéder au fil des années une série d’écritures mêlant le théâtre à la poésie et revenant toujours à ce choc initial reçu en Amérique centrale. 

En 2001, une exposition intitulée Les voyages de Don quichotte ouvrait une réflexion sur les possibles du lieu sous forme d’inventaire : le lieu comme colonne libertaire, le lieu comme bibliothèque, le lieu comme université du pauvre, le lieu comme traversée des langages, etc. A chaque hypothèse correspondait dans l’espace de cette grande salle, une alcôve habillée de textes, d’images et de sons : l’une d’entre elles avait pour titre « Invitation au Sous-Commandant Marcos et aux peuples du Chiapas en lutte ». Pas très loin d’elle, une autre alcôve consacrée au « Territoire libéré » faisait entendre la voix d’Hélène châtelain – l’une des co-fondatrices de ce lieu, qui nous a quitté il y a tout juste un an – et des extraits de son film Nestor Makhno, paysan d’Ukraine. Un camarade nous a appris récemment qu’il était très regardé dans les communautés zapatistes !

Aujourd’hui encore, d’autres signes et traces restent visibles dans le lieu. C’est le nom du café librairie, Michèle Firk, militante anticolonialiste partie s’engager en 1968, au lendemain de la nuit des barricades à Paris, dans la guérilla des FAR au Guatemala. C’est aussi une sculpture d’inspiration Maya à l’une des entrées de la grande salle. C’est aussi cette phrase inscrite à l’entrée du lieu : « L’école de la Parole errante : apprendre à être un arbre connecté aux étoiles » qui fait directement écho à ce qu’Armand Gatti et Hélène Châtelain appelaient une pensée d’univers et qu’ils puisaient dans l’écoute des cultures indigènes.

Voilà pour le premier miroir tendu par votre arrivée ici.

Le second miroir lui reflète le présent et le devenir de ce lieu, et donc d’autres traces. Comme par exemple ces images du collectif Vies Volées, qui a récemment organisé ici, comme chaque année, une rencontre entre comités et familles en lutte contre les crimes policiers. Comme toutes ces banderoles de luttes disposées aujourd’hui dans la grande salle. Comme toutes les affiches des événements, des rencontres, des assemblées que nous accueillons ou organisons ici depuis des années. Et qui toutes rappellent que l’existence de ce lieu s’inscrit pleinement dans une géographie de luttes.

Un dernier mot : en 2015, cet espace hors-normes qu’est la Parole errante a été menacé de fermeture par les pouvoirs publics. Un collectif s’est alors créé pour le défendre, mais aussi pour le réinventer et le faire vivre sur la base d’une expérience collective fondée sur l’autonomie et l’auto-organisation. Continuer à tenir les exigences et les promesses de la poésie, de la connaissance, de l’imagination, oui, mais les pieds solidement ancrés quelque part. Depuis quelque part. Un quelque part où peuvent à la fois se côtoyer des gestes d’accueil et de soin, des pratiques d’art, de connaissance et de lutte. C’est pour cela que nous répétons depuis maintenant six années que nous œuvrons collectivement à fabriquer un lieu plutôt que toute autre chose. Cette expérience, cette politique de l’expérience, elle prend la forme d’un grand point d’interrogation que nous partageons aujourd’hui avec beaucoup, beaucoup d’autres : de quels lieux avons-nous besoin pour habiter le monde ? C’est-à-dire pour lutter, pour s’organiser, pour construire, pour créer, pour inventer, pour vivre. Ces questions, c’est peut-être cela le miroir que vous nous tendez.

Alors Merci et Bienvenue Compas !

.j

* Merci à Isabelle Gressier pour les photos !

Et pour regarder la belle vidéo réalisée sur la journée, c’est ici sur le site du Comité de Solidarité avec les Peuples du Chiapas en Lutte.

 

Publié le 22 juillet 2021 dans Évènements à la Parole Errante  Textes