Adam – fable théâtrale à partir de 8 ans / Cie espuma

Adam, est une expérience théâtrale poétique et absurde qui s’immisce dans les sensations propres à l’exil.  L’on suit le parcours de Slava et de Jengo, épuisés de vivre dans un pays où il est interdit de jouer, ils se lancent en quête d’une nouvelle terre de jeu. Après un road trip mouvementé et une frontière brûlée, ils échouent dans le chapiteau d’un bouffon Monsieur T.

SYNOPSIS
Un jour, la radio raconte une histoire, celle de Jengo et de Slava qui décident de quitter l’hémisphère nord pour rejoindre les terres d’Agate. La neige a gelé toutes les infrastructures de leur pays à « Soupranyia » plus rien ne pousse, le ciel est blanc tout le temps, un décret leur interdit de jouer.
Après un turbulent road trip et une frontière brûlée, Jengo et Slava arrivent à destination. Ils découvrent un ciel bleu, l’abondance d’une terre fertile où la pâquerette pousse sur les champs de bataille en temps de guerre. Au croisement d’une ruelle ils font la rencontre d’un bouffon, Monsieur T. Ce dernier les invite à vivre heureux sous son chapiteau. Ensemble ils créent « La Parade d’Ulysse », avec leur spectacle ils défilent dans la rue mais quelque chose les interpelle : il n’y a pas de passants.

NOTE D’INTENTION

Le 6 juin 2016 exactement, la radio raconte : « le monde est aux Portes de la chapelle »
Le 6 juin exactement j’écoute la radio : « le monde est aux Portes de la chapelle, les associations se mobilisent pour répondre à cette crise humanitaire ». En provenance d’Afghanistan, du Soudan, du Tchad, d’Ethiopie… ils sont des milliers à « brûler » les frontières pour demander l’asile en France.
Quand je ne fais pas du théâtre, je suis éducatrice spécialisée, mes missions : l’ouverture de centre d’hébergement d’urgence pour personnes sans-abris
en Seine-Saint-Denis. Les dinosaures parlent du plus beau métier au monde. C’est vrai, c’est un exercice qui me donne la sensation d’être à une fenêtre extraordinaire de la vie, dans l’antre de ses balancements et de ses hurlements. Le 7 juin 2016, la préfecture de Paris organise le démantèlement de campements sauvages à en Ile-de-France. L’association pour laquelle je travaille, La Cité Myriam à Montreuil, ouvre un C.H.U.M. (centre d’hébergement d’urgence pour migrants) à Bobigny, un château fait de cartons, monté en un temps record. C’est là que je rencontre Adam.
Des territoires s’ouvrent, de nouvelles langues résonnent et puis il y a les histoires de chacun. Être bien né, mal né sur la bonne terre, en bon endroit, au bon moment… Des personnes risquent leur vie pour espérer un jour vivre dans des conditions plus dignes ou dites « normales ». Pourtant en faisant le choix de ce départ, certains, certaines se perdront.

« J’ai d’incendies sur la peau, sur mes hanches il y a deux trous »
Adam. Il est soudanais, il a 27 ans, en France depuis 9 mois. Sa demande d’asile reçoit la Palme d’Or de l’O.F.P.R. A : « La Protection Internationale », la promesse d’un titre de séjour de 10 ans. Quand tout semble aller mieux, Adam, lui, va mal. Il a des sueurs froides la nuit, n’arrive plus à dormir, sent que son cœur bat fort trop fort, il veut être soigné.
Les médecins ne voient rien d’inquiétant. Dans sa tête pourtant ça tape tous les jours et de plus en plus, il parle « d’une douleur psychologique au cœur ». J’interprète un stress post traumatique lié probablement à ce qu’il a vécu au Soudan. Ces états se révèlent parfois lorsque les personnes ont terminé leurs démarches de demandes d’asile et qu’elles se retrouvent face à ce qui devient leur ennemi n°1 : le temps. Nous décidons d’aller aux urgences. Pour nous y rendre, nous traversons un cimetière. C’est là entre les morts qu’Adam me révèle : il est amoureux d’une femme au soudan mais elle ne l’attendra pas, c’est un autre homme qu’elle épousera. Depuis Adam a décroché, il me dit en arabe « j’ai d’incendies sur la peau, sur mes hanches il y a deux trous ».

L’amour
Adam a tout traversé, la guerre, la mer, les frontières, les nuits glacées, il s’est adapté à une société étrangère, compris une langue cacophonique, il a
résisté longtemps, mais aujourd’hui c’est la perte d’un amour qui lui fait perdre l’équilibre. Il me dit : « je veux être soigné». Je souris.
Dans le fond peu importe d’où l’on vient, que l’on naisse au Darfour ou à Paris, l’amour l’emporte, toujours, sur nos prises de décisions.

DRAMATURGIE : DU RÉEL AU SURRÉEL

De cette expérience est née le projet d’écriture d’une pièce de théâtre « Adam », titre en hommage à l’histoire qui m’avait été confiée par ce jeune soudanais. A travers cette pièce, je conte le parcours de deux « exilés » Jengo et Slava sur une terre fertile « Agate ». On suit leur cheminement et leur quête du « jeu » pour enfin être heureux, dans un univers surréel car
fantasmé et où les règles sont absurdes car incomprises. Dans ce monde nouveau, étranger, tout semble décalé. En brûlant les frontières, les deux personnages traversent l’espace-temps, où tout semble suspendu dans les airs, comme inaccessible. En terre d’Agate, ils font la rencontre de personnages déjantés, clownesques exprimant leurs émotions toujours de façon exacerbée, continuellement au bord du rire, de la peur, de l’effondrement, de la mort mais aussi de la vie.
Finalement en confrontant leurs désirs et blessures mutuels, les personnages finissent par se confondre dans ce nouveau monde.

UN TRAVAIL DE PLATEAU DANS UNE ANCIENNE USINE DE PEAUSSERIE EIF

Cinq comédiens dont un pianiste compositeur. Après quelques péripéties locatives et autre crise sanitaire internationale, en septembre 2020, je rejoins le collectif Garde La Pêche Montreuil.
Nous occupons l’ancienne usine EIF située dans le quartier des murs à pêches à Montreuil. Lieu de vie, de partage, de solidarité, nous avons créé un espace d’ouverture et d’accueil pour des associations de solidarités, sociales, culturelles, militantes et artistiques entre autres. C’est dans cet environnement que je fais la rencontre d’artistes frappées par toutes sortes de crises (logement, intermittence, confinement…) et qui ont été amenées comme moi à franchir les portes de cette usine, devenu un véritable lieu de refuge et de création. Au-delà des espaces pour vivre, sont créés et aménagés des ateliers pour travailler, répéter, jouer. Et c’est dans ce cadre extraordinaire et à l’occasion d’une journée portes ouvertes « EIFEST » en septembre 2021 que nous présentons le projet de pièce « Adam » en sortie de résidence. La pièce s’est montée avec les personnes résidentes à l’EIF, à noter que 4 d’entre elles sont issues d’une formation clown et mime, empreinte qui allait largement marquer et pousser l’univers de la pièce. Ainsi, la mise en scène n’a pas été pensée en amont du travail de répétition avec les comédiens, comédiennes, mais elle s’est faite sur le plateau. Au fil des jours, l’histoire se dessinait sur scène, s’orientait, trouvait son univers, sa sensibilité, sa musicalité et c’est ensemble que nous l’avons vu se développer, grandir et s’affirmer


TEXTE ET MISE EN SCÈNE
NADIA CHÉRIF
AVEC
SOPHIE BELOTTE
JONATHAN CHARNAY-DEHOVE
LEILA CHIK
ERIKA WEBE

COSTUMES
SOPHIE BELOTTE

CRÉATION MUSICALE
FILIPPO FABBRI

RÉGISSEUR GENERAL
FRANCIS RIGAL

CRÉATION GRAPHIQUE
LEILA CHIK

ILLUSTRATION
LANA BOUZI

CRÉATION COMPAGNIE ESPUMA
compagnie.espuma@gmail.com

 

Publié le 18 septembre 2023 dans Évènements à la Parole Errante