La Horde d’or, Italie 1968-1977, les 10 et 11 juin à la Parole errante

Ouvrage italien traduit et publié aux éditions de l’Éclat en février 2017 : http://ordadoro.info/

Composé par Nanni Balestrini et Primo Moroni, La Horde d’or parcourt l’histoire italienne de 1950 à 1980. Montage d’histoires et d’analyses politiques, de documents, de chansons, d’articles de revues, de témoignages à la première personne et de manifestes, cet ouvrage s’est voulu le miroir des mouvements des années 60 et 70. Il retrace le foisonnement théorique, culturel et langagier, et la grande inventivité sociale qui ont alors caractérisé les luttes et le « besoin de communisme » en Italie.

La publication de La Horde d’or en France invite à s’approprier ce livre au présent. Les traducteurs proposent de cheminer collectivement parmi quelques textes de cette ample fresque*.


Samedi 10 juin : Une archive des mouvements ; communication, espaces sociaux auto-organisés

Librairie La Calusca, Milan 1971.

Cette première session est co-organisée avec la librairie Calusca.

Installée dans le centre social Cox 18 à Milan, cette librairie fondée par Primo Moroni a constitué un point d’ancrage de la composition et de la rédaction de La Horde d’or en 1987. Une des singularités de la contre-histoire proposée par ce livre est de s’appuyer sur les documents (tracts, chansons, revues, livres) produits par les mouvements pour proposer un point de vue interne à l’histoire des luttes. Cette approche est directement liée à l’histoire de la Calusca et à la fonction que celle-ci a rempli dans le mouvement, ainsi qu’à la personnalité de Primo Moroni. Depuis les exemples de la Calusca et de la ville de Milan, nous aborderons les outils de communication et de diffusion dont s’est doté le mouvement italien, et les espaces sociaux auto-organisés.

14h : Présentation du livre par le collectif de traduction
14h30 : Projection d’extraits d’entretiens vidéos avec Primo Moroni
15h : Échanges avec des membres de la librairie Calusca autour de la figure de Primo Moroni et des histoires croisées de la libraire Calusca et de la ville de Milan
17h30 : Pause
18h-19h : Lecture collective d’extraits de La Horde d’or
19h30 : Apéro, repas italien à prix libre. Ce sera l’occasion pour qui le souhaite de poursuivre de façon plus informelle les échanges de l’après-midi. L’argent recueilli servira à financer les déplacements des intervenants et à contribuer matériellement à l’activité du collectif La parole errante demain.

Primo Moroni

Dimanche 11 juin : Histoire orale, chant, enquête ouvrière

La Horde d’or retrace la montée en puissance d’un antagonisme qui, à partir des luttes ouvrières d’usine des années 60, s’est diffusé dans l’ensemble de la société.

L’image de la « vague existentielle et politique » décrit cette poussée de comportements et de besoins nouveaux, de subjectivités et d’imaginaires dissidents qui se sont affrontés à l’organisation capitaliste de la vie. Les expériences et la pratique de « l’histoire orale » et de « l’enquête ouvrière » ont accompagné et thématisé l’affirmation d’une extranéité ouvrière et prolétaire, l’autonomie des comportements et le refus du travail. Nous reviendrons également sur les enjeux directement politiques de ce que le mouvement italien a appelé la « culture de base », selon une entente très éloignée de ce que l’usage nous habitué à penser sous le mot de culture.

14h : Lecture collective d’extraits de La Horde d’or
15h : Parole ouvrière et histoire orale, la figure de Danilo Montaldi. Avec des membres de la libraire Calusca de Milan.
16h : La notion d’enquête ouvrière. Avec Gigi Roggero.

17h30 : Pause

18h : Chant social et populaire, l’expérience du Nuovo Canzoniere Italiano (avec présentation et écoute de chansons)

*D’autres rencontres autour de La Horde d’or devraient avoir lieu dans les mois qui viennent.

Hommage à Armand Gatti

Jeudi 13 avril 2017, les obsèques d’Armand Gatti ont eu lieu. Nous voulons prendre la parole, ici, en tant que, quelques-uns et unes qui ont participé aux expériences de théâtre avec lui.

Nous l’avons connu sur la fin de sa vie.

Nous ne sommes pas universitaires ou écrivains, nous avons vécu un autre Gatti. Le Gatti du quotidien d’expériences de théâtre, d’apprentissage. Gatti qui nous dit de parler plus fort en écartant les mains, de chanter le poing (le gauche) en l’air, de cracher par terre dès que le nom d’un dignitaire nazi est prononcé ou de remplacer le mot « chimie » par « physique quantique » dans la Java des bons enfants.

Un Gatti dont on voyait le plaisir, parfois la tension, lorsqu’il regardait ses pièces de théâtre se dérouler sous ses yeux. Assis des heures durant, observant, sans louper une minute de ce qui se passait sur scène. Assis au premier rang dans son fauteuil, avec Hélène à côté, jamais très loin.

Armand Gatti est mort, notre grand-père du théâtre, qui nous a permis d’être ensemble dans cette Maison de l’Arbre, nous qui ne trouvons que peu d’endroits habitables dans ce monde.

Nous avons sauté, gueulé, chanté, nous avons parlé son langage, nous avons construit des mondes, côtoyant Rosa, Nestor, Jean et même Dieu.

Ses mots écrits traversent le temps, on s’y perd et y retrouve notre histoire, celle qui ne se trouve pas dans les livres d’école, qui n’est pas unique mais multiple, passant par mille bouches, par le chant des oiseaux et de celles et ceux morts et vivants en se battant.

Comprendre ce qui nous semble incompréhensible, à notre façon, parce qu’il y a toujours des « choses » à comprendre dans ce fabuleux ramassis de mots,

il y en a pour tout le monde, pour tout l’univers.

Le lendemain de la mort de Gatti, j’étais sur le canapé Porte des Lilas et il y a un petit oiseau qui s’est posé sur l’antenne du toit.

Par la fenêtre j’ai entendu « tsi tsi bé ».

C’était une mésange.

Et combien de ces choses anodines ne le sont plus.

Notre regard, notre ouïe, ils sont passés dans la Parole Errante, la parole de notre grand-père du théâtre, mais dont les mots sont d’une éternelle jeunesse.

Ce qu’il a fabriqué en nous se mêle à toutes les rencontres qu’il a permises, toutes les aventures collectives qui ont pris racine de notre attachement à être ici, de cet accueil inconditionnel.

Et pourtant Gatti n’était ni Dieu, ni maître.

Ce n’est pas avec Gatti qu’on a appris le féminisme, mais on a rencontré à travers lui les femmes en noir de Tarnac, Louise Michel, Ulrike Meinhof, Rosa Luxembourg, les militantes du MLF et bien d’autres.

Ce n’est pas Gatti qui fait ce que l’on Est, mais la question de savoir qui l’on est, c’est lui qui nous l’a posée !

Peut-être que pour lui nous étions en effet des Dieux.

Makhno, Cavaillès, Gramsci, Gingouin, les femmes en noir de Tarnac qui seront toujours les Louise Michel de nos barricades imaginaires. Elles, eux, beaucoup d’autres : Gatti a aussi partagé avec nous ceux qu’ils appelait « ses morts », pour que nous aussi nous prenion soin d’eux. Maintenant nous prendrons soin aussi de lui, et de ses animaux quantiques.

Le plus important peut-être que j’aurai appris par ma rencontre avec Gatti, c’est que l’infini réside en l’autre, dans la multiplicité des êtres et du vivant.

Camille, Hugo, Jean-Marie et Matthieu.

Texte lu samedi 15 avril lors de la soirée de soutien à la Parole Errante Demain.

Nous avons besoin de lieux, imposons les suites de la Parole Errante !

Les locaux de la Parole Errante appartiennent au conseil départe- mental (CD) de Seine-Saint-Denis. Gatti et sa troupe y sont installés depuis 1997. Le Bail se termine toutefois, et non sens lien avec la transformation en cours de la ville : le CD veut récupérer les lieux et faire de cet espace un lieu culturel de plus.

Ces dix dernières années, la Parole Errante a accueilli un grand nombre d’initiatives politiques, sociales et culturelles. Un accueil presque inconditionnel et une grande liberté d’usage a été possible ici. À partir de cette histoire, de ces usages et des collectifs qui occupent ce lieu quotidiennement (le café librairie, le centre social autogéré depuis peu,..) ou régulièrement (le rémouleur et d’autres), nous avons construit le collectif de la parole demain pour imposer des suites à la parole errante qui repartent de l’existant et nous laissent autant d’autonomie qu’auparavant (et ce sera pas simple).

Le CD, en réponse, ne cesse de repousser la fin du bail, ou de contourner le problème en lançant notamment un appel d’offres pour la reprise du lieu en juillet dernier. Nous y avons répondu tout en sachant que la bataille est ailleurs. Elle se joue plutôt dans notre capacité à imposer une suite à ce lieu en l’habitant, en proposant des initiatives, en nous rendant indélogeables. Nous avons besoin d’être nombreux pour continuer de faire vivre ce lieu et lui donner des suites! Venez donc ! passez nous voir à la librairie, au Centre Social Autogéré, écrivez-nous, organisez des choses, faisons vivre une cantine, l’accueil, des discussions politiques, organisons-nous, défendons nos lieux !

Continuons de prendre la Parole !

Télécharger Tract "Nous avons besoin de lieux"

Nous ne sommes pas un « Projet »

Communiqué à propos de l’appel à projets lancé le 8 juillet 2016 par le conseil départemental de Seine-St-Denis concernant les locaux de la Parole errante.

Le Conseil départemental, propriétaire des lieux, vient de lancer un appel à projets relatif au devenir de la Parole errante.

On peut parler d’un léger déplacement de la situation. Les Rencontres Chorégraphiques de Seine-Saint-Denis n’ont plus vocation à être les usagers exclusifs du lieu. Les « candidats » devront faire une place à deux festivals, Ta Parole et Les Rencontres Chorégraphiques de Seine-Saint-Denis et à deux usagers permanents, le Café-librairie Michèle Firk et les Pépinières d’artistes européens.

Par ailleurs, cet appel à projets reprend en des termes très généraux certains aspects de notre philosophie du lieu.

Mais si cet appel à projets peut être vu comme une ouverture, il permet aussi la reprise du lieu par n’importe quelle structure ou personne désignée comme « vainqueur ». Quelle continuité alors avec l’actuelle réalité de La Parole errante ? Quel projet venu d’ailleurs saurait en prendre soin sans y avoir jamais mis les pieds autrement que pour une simple « visite obligatoire du site » ?

Au processus transparent et démocratique engagé par le collectif la Parole Errante Demain, le Conseil Départemental oppose un appel à projets concurrentiel dont l’issue reste à sa discrétion.

Si cet appel à projets est l’occasion pour le Conseil départemental de reconnaître enfin le processus initié par le collectif La Parole Errante Demain, tant mieux. Le document envoyé il y a un an au Conseil départemental, intitulé Une fabrique du commun, est lisible par tous. Il est l’objet d’une élaboration continue et le Conseil départemental le recevra de nouveau à la date requise.

Mais la Parole Errante Demain n’est pas un simple « projet ». C’est une histoire, des usages, des besoins, un tissu social. C’est le croisement d’une multiplicité de réseaux, d’usagers, de centaines de personnes engagées dans la poursuite de cette aventure. C’est un ancrage. C’est un processus vivant. Il ne s’évanouira pas suite à une simple décision institutionnelle.

C’est pourquoi nous invitons ceux qui souhaiteraient répondre et se porter « candidats » à cet appel à plutôt nous rejoindre et à renforcer cette bataille pour le lieu. À la concurrence de tous contre tous, nous préférons la composition des mondes. C’est le sens de l’appel que nous avons lancé début mai en vue de la programmation de la saison 2016-2017 et auquel de nombreux collectifs ont déjà répondu. C’est le sens des deux nouvelles journées d’ateliers ouverts et publics auxquelles nous appelons les 17 et 18 septembre à la Parole errante, qui seront consacrées à la mise en œuvre et à l’approfondissement de cette programmation.

De toutes parts disons au Conseil départemental qu’il n’a d’autre choix que de reconnaître le processus de réinvention du lieu qui a déjà commencé. Construisons au plus grand nombre une réalité si forte que ce lieu ne puisse pas disparaître !

Continuons !

Appel à programmation 2016/2017

Inventons aujourd’hui ce que sera la Parole errante demain

Le Conseil Départemental, propriétaire des lieux, veut fermer la Parole errante à la fin du mois d’août. En réponse et pour dire notre détermination à continuer, nous commençons à poser les premiers jalons d’une programmation pour l’année 2016-2017.

Ceci est donc une invitation à penser avec nous la vie de la Parole errante demain et à proposer des projets, des initiatives, à partir de vos besoins et désirs, à partir de vos pratiques artistiques, sociales et politiques. À vous qui voulez répondre à cet appel, voici un inventaire provisoire des possibles pour la Parole errante demain. Une façon de déployer ou de continuer à déployer un imaginaire pour ce lieu dans lequel nous vous invitons à entrer.

La Parole errante demain, inventaire des possibles

Un lieu depuis lequel fabriquer du commun. Un lieu depuis lequel les liens se renforcent, les réseaux s’activent. Un lieu de confluence. Un lieu anti-spectaculaire, en tant que le spectacle sépare. Un lieu soucieux des processus, des chemins. Un lieu des travaux en cours. Un lieu d’une consistance perdue à reconquérir. Un lieu non prescriptif mais exigeant, où chacun·e est invité·e à questionner ses contradictions. Un lieu en devenir. Un lieu des pratiques culturelles mineures. Un lieu où la concurrence de tou·te·s contre tou·te·s fait place à la composition des mondes. Contre le non lieu de la mondialisation, un lieu de la mondialité. Un lieu de la rencontre. Un lieu des identités ouvertes. Un lieu, non, une arche, non, un radeau. Un lieu qui compose avec l’oiseau comme avec le fleuve. Un lieu qui ressent loin et proche à la fois. Un lieu pour vaincre la solitude. Un lieu du visible et de l’invisible. Pas un lieu, un processus vivant. Un lieu qui soigne, un lieu qui mugit, un lieu pour les sans-lieux, un lieu où tout être se voit reconnu dans son existence. Un lieu des solidarités concrètes. Un lieu qui a pour seule tutelle le monde. Un lieu libre. Un lieu parmi d’autres lieux, avec qui tisser des complicités. Un lieu où l’on apprend ce que l’on sait déjà. Un lieu d’émergence des savoirs. Mais aussi un lieu où l’on apprend l’art de la menuiserie, la relativité d’Einstein, la musique dodécaphonique, la théorie du pouvoir de Foucault. Un lieu où chaque nouvelle découverte scientifique est discutée âprement, chaque nouvelle expression artistique écoutée attentivement, chaque nouvelle théorie critique débattue passionnément. Un lieu du savoir, l’académie en moins. Un lieu où l’on écrit, parle, chante, joue, danse, imprime, fabrique, filme, regarde et écoute. Un lieu pour un peuple à venir. Un lieu à inventer. Un lieu auquel vous êtes invité·e·s, un lieu que vous devez défendre et faire vivre. Un lieu, opaque au pouvoir, transparent à la multitude. Non un lieu, une grève continue contre l’ordre économique mondial. Un lieu pour les peuples en résistance. Un lieu où manger. Manger c’est toujours manger un peu de monde, donc communier avec lui. De l’importance d’y mettre les formes. Un lieu pour ne rien faire. Un lieu pour qui n’a plus le temps. Un lieu qui prend le temps de voir loin. Un lieu qui n’attend plus.

Vous voulez participer à la Parole Errante Demain, proposer un débat, un festival, une création, une résidence, une permanence sociale, un concert, une université ouverte, une projection, une assemblée, un atelier pour l’année 2016-2017, venez nous rencontrer tous les lundis à 18h à la Parole Errante.

Nous avons jusqu’au 20 juin pour réaliser ce programme, que nous présenterons le 29 juin lors d’une soirée publique à la Parole Errante.